La position du rêveur : actif ou spectateur ?
Je vous offre un cours vidéo gratuit
> Cliquez ici
Aujourd’hui je réponds à la question qui m’a été posée par Monique, qui se forme avec moi en interprétation des rêves au Labo du Rêve – car oui, mes élèves me donnent du travail !
La question est la suivante : est-ce que l’absence du rêveur dans un rêve a une signification particulière ?
En effet, c’est un sujet intéressant. Il y a des rêves dans lesquels on est le personnage central de l’action, on vit le rêve comme si on vivait une aventure de notre vie. Il y a des rêves où l’on se voit faire, comme si on était à l’extérieur de soi, ou encore des rêves où l’on rencontre une autre version de soi. Enfin il y a des rêves qui se déroulent comme un film que l’on regarde, comme si on était simplement les yeux de la caméra qui filme la scène, absent du rêve et extérieur à lui.
Il est donc question ici de différences de perspectives entre ces trois situations possibles.
Le rêveur : un narrateur plus ou moins actif
1ère situation : je suis acteur du rêve
C’est la situation la plus classique. Dans la plupart de nos rêves, on vit le rêve comme on vivrait n’importe quel moment de notre vie diurne. On est plongé dans la scène, on voit le décors, on se déplace, on le parcourt, on a des pensées, on fait des actions, on interagit avec l’environnement du rêve, ses éléments et les personnages qu’on y rencontre, et on a une capacité de pensée réflexive, avec des opinions, des sensations et des émotions.
2ème situation : je me vois dans le rêve
C’est plus rare mais ça arrive. On se voit dans le rêve, on se voit agir, mais on n’est pas à l’intérieur de notre personnage, comme si on se voyait de l’extérieur ou du dessus.
3ème situation : je suis en position d’observateur
C’est déjà plus courant. Dans ce genre de situation onirique, on assiste au rêve mais on n’agit pas dessus. On est extérieur au rêve. C’est comme si on était au spectacle et qu’on regardait une scène se dérouler sous nos yeux, en ressentant des émotions éventuellement mais sans interagir avec ce qui se joue.

Zoom et dézoom : des rêves qui accompagnent un changement d’attitude
Ce que j’observe en tant que rêveuse, quand je relis mes carnets de rêves, c’est deux phénomènes. Il y a des séries de rêves dans lesquelles au début je suis totalement plongée dans le rêve, où je lui accorde autant de réalité que lorsque je vis quelque chose dans ma vie éveillée. Et puis, de rêves en rêves, au fur et à mesure de ma compréhension de ce qui se joue en moi, il y a comme un dézoom qui se produit. Je passe petit à petit à une attitude moins pro-active, plus dans une forme de retrait, jusqu’à avoir un rêve dans lequel je n’apparaît pas du tout, où la conscience de moi-même s’efface complètement pour laisser toute la place à la scène onirique à laquelle j’assiste.
Et puis il y a aussi le mouvement inverse dans d’autres séries de rêves, on pourrait parler d’un mouvement de zoom. Je vais d’abord avoir un rêve qui raconte quelque chose en me montrant une histoire avec des personnages et un décor dans lequel je ne me sens pas présente. Puis dans les rêves suivants je vais me mettre à interagir avec le rêve, à en faire partie et à agir dessus.
Est-ce que ces différents degrés de présence ont une importance ?
Observer ces mouvements dans les rêves est intéressant. Quelle est mon implication dans ce rêve, quelle est ma présence. Suis-je passive ou proactive? Suis-je en observation ou en action?
Le travail du carnet de rêves permet d’observer des séries de rêves. Une série de rêves est un sujet qui est abordé par plusieurs rêves sur une durée de temps assez longue. Il s’agit alors d’un sujet de fond, d’une problématique complexe qui ne saurait se résoudre en une fois mais qui nécessite au contraire une transformation consciente de la façon de fonctionner. Or qui dit transformation solide, dit quelque chose qui s’inscrit sur la durée.
-> Si le sujet des séries de rêves vous intéresse, je vous invite à ouvrir l’article suivant dans un nouvel onglet : les séries de rêves.
Un mouvement que l’on peut observer dans une série de rêves
Actuellement je suis en train d’écrire un livre qui a justement pour objet de raconter deux ans d’évolution personnelle à partir de mes rêves. L’idée de ce livre est de témoigner d’un processus d’évolution qui est le mien, en intégrant le travail du rêve, et de montrer comment la compréhension des rêves influe sur la réalité extérieure, et vice versa comment la matérialisation de changements extérieurs influe sur le monde intérieur.
C’est un exercice que je demande aux élèves de ma formation Le Labo du Rêve également. Pendant trois mois, ils vont étudier leurs rêves et se rendre compte des ressemblances entre leurs rêves successifs qui forment une série, et de l’évolution de leur problématique qui transforme le paysage onirique au fur et à mesure que le message de l’inconscient est intégré et que le Moi s’empare de ce message.
Exemple de “zoom” : l’abus
Il y a eu une série de rêves dans lesquels régnait un climat de trahison, d’abus. Un premier rêve met en scène une interaction entre deux personnes, la première faisant subir à la seconde un mauvais traitement. Je suis absente du rêve, j’observe la scène. J’ai du mal à voir en quoi cela me concerne, par contre c’est quelque chose que je reconnais dans mon entourage.
Puis viennent des rêves dans lesquels on retrouve ces sujets, cette ambiance de malveillance et de duplicité, je suis au début au milieu de tout ça, comme un cheveux sur la soupe, puis viennent des rêves dans lesquels j’interviens. Ces rêves s’accompagnent bientôt d’une prise de conscience : la prise de conscience que je suis abusée par une personne sans m’en rendre compte, mais que finalement je m’abuse moi-même en n’écoutant pas mon intuition qui me crie de me barrer.

Exemple de “dézoom” : contrainte et libérations
Dans l’une de mes séries de rêves il y avait le thème de la contrainte. Et de fait, je ressens souvent une forme de contrainte à faire les choses, j’ai la fâcheuse tendance à me mettre dans les situations où je me retrouve surmenée. Ainsi la contrainte est réelle – j’ai trop de choses à gérer – mais c’est une contrainte que je me mets toute seule, par exemple en prenant des engagements sans réaliser que j’en ai déjà suffisamment à honorer. Je suis libre de faire autrement, par exemple de choisir de faire moins de choses en même temps.
Quand je tombe dans ce piège – mon propre piège – des rêves viennent me le signaler. Il y a notamment eu une série de rêves qui abordait la contrainte. Au début, des rêves qui retranscrivaient mon état intérieur : surmenage, impression d’être malmenée, de courir, de manquer de temps et d’oxygène. Le contexte était posé, j’étais empêtrée dedans. Ensuite les rêves se sont mis à me montrer le mal que je m’infligeais en fonctionnant comme ça. Il y a eu toute une série de rêves qui parlaient de libérations.
Il y a eu la libération d’animaux enfermés (des chiens puis des chats), d’enfants réduits en esclavage. A chaque fois j’étais spectatrice dans ces moments là des rêves, je n’intervenais pas, je regardais juste, en éprouvant un sentiment d’effroi et en ne me sentant pas concernée personnellement par ces mauvais traitements, projetés sur les personnages du rêve. En interprétant ces rêves, j’ai compris que mon sentiment d’indignation ainsi réveillé devait m’amener à me rebeller contre moi-même, contre la part de moi qui me donne des tas de “devoirs” et m’en demande toujours plus que ce que je suis capable de faire sans m’épuiser.
Ensuite, il y a eu la libération de mon ado intérieure, que je voyais sur des photos en réalisant que je devais la laisser tranquille. L’identification avec mon personnage du rêve était plus facile à effectuer que l’identification aux animaux par exemple. Il y avait déjà moins de distance.
Enfin, il y a eu un rêve dans lequel ce n’étaient plus des animaux ou des enfants enfermés, mais c’était moi, devant moi. Je me rencontrais moi-même, pâle et faiblarde, je parlais avec cette moi mal en point dans le rêve, sans me reconnaître. Pourtant au réveil, nul doute que c’était moi. J’apparaissais d’ailleurs dans le rêve habillée dans la même tenue avec laquelle je m’étais endormie. Je me suis dit : pourquoi ne me suis-je pas reconnue dans ce rêve ? On ne pouvait pas faire plus clair pourtant !
Ce décalage entre le rêve et la réalité pointe ce qu’on appelle les résistances. On a des résistances à se voir tel que l’on est, à assumer nos façons d’agir, comme on en a à accepter certaines réalités. Le travail des rêves permet d’identifier ces résistances et de pouvoir travailler dessus en se demandant ce qu’elles protègent, quel est leur rôle dans le système psychique de l’individu, et comment faire pour accompagner le changement.

Autres exemples de “dézoom”
Ces jeux de zoom et de dézoom sont fascinants à observer. Parfois une scénette de rêve à laquelle on est spectateur peut mettre en lumière une réalité qu’on ne voit pas, pas encore. Les rêves suivants vont détailler cette réalité et nous mettre en scène de plus en plus en tant qu’acteur du rêve, jusqu’à ce qu’on fasse une action qui nous permet de mettre fin à ce système inconscient.
D’autre fois, dans un contexte de grande agitation émotionnelle, d’assimilation compliquée d’une réalité douloureuse, un dézoom va opérer. La personne va petit à petit se sortir du conflit jusqu’à l’observer de loin. Ce qui est alors bon signe : il y a alors la possibilité de tenir cette charge émotionnelle enfin à distance.
“Je n’ai pas peur de toi”
J’ai un exemple dans ce genre là. J’avais peur d’une personne de mon entourage, c’était il y a des années et, dans les rêves, il y avait beaucoup l’idée de se cacher de ses attaques (scènes de guerres dans lesquelles je devais me planquer par exemple) et de perdre confiance en soi (enfant à réanimer, perte de cheveux, je courais dans tous les sens…). Je travaillais déjà sur mon carnet de rêves et j’avais compris le message de ces rêves. Un jour, je vois cette personne en rêve, juste cette personne, comme si je la regardais à la télé. Et je pense : “Je n’ai plus peur de toi”. Et de fait, ce fut réglé. J’ai alors eu l’énergie de faire le nécessaire pour que cette personne ne puisse plus me perturber.
“Se voir soi-même”
Dans un rêve marquant aussi, je me retrouve face à moi-même – ça ne m’arrive pas souvent de me voir en rêve mais c’est assez marquant. Je me vois moi-même quand j’avais 21 ans, en train de chanter. C’est très précis. Je reconnais, le jeans, la coiffure, la façon de me maquiller, ma silhouette plus fine. La rencontre de ces deux « moi » était un moment fort du rêve et ça continue à me toucher en écrivant cet article. C’est comme si la personne que j’étais validait la jeune fille qui avait besoin de validation à l’époque, et par la même occasion je me rendais compte que finalement, c’était surtout la version de moi actuelle, plus âgée, qui a besoin de la validation de la jeune fille, besoin d’avoir la confirmation qu’en chemin, je ne me suis pas perdue.

“Se dédoubler”
Enfin, récemment, j’ai vécu une expérience onirique fort intéressante : je me suis dédoublée. J’étais dans une épicerie de quartier, je choisissais des paquets de biscuits pour le goûter de mes fils, je mettais un moment à choisir car les choix n’étaient pas terribles. Puis je passais à la caisse. Celui qui tenait la caisse est un homme que je connais. Je n’étais pas enchantée de le voir. A ce moment là je sens une part de moi qui est curieuse de lui faire la discussion, de prendre de ses nouvelles pour avoir des infos sur sa vie, en se montrant charmante au début puis en envoyant des petits pics subtils, et une autre part de moi qui se dit : “Non, la flemme, ça ne m’intéresse pas je passe mon tour.” A ce moment là du rêve, je vois la première version de moi partir à la caisse et engager la discussion avec cet homme. Pendant ce temps, moi je regarde et je me dis : “Non, pas du tout envie de parler avec ce con.” Et je choisis de me réveiller.
Au réveil, j’étais bien intriguée. D’avoir vécu ce dédoublement d’abord, et surtout d’avoir pensé cela : “ce con”. Je ne pensais pas penser cela de lui. Pourtant cette pensée survient au moment d’un retour de lucidité, puisque je prends conscience que je rêve et je choisis de me réveiller.
Est-ce que cette pensée m’appartient, est-ce que je suis d’accord avec ça? Est-ce que je pense que cet homme est un con? Eh bien, tout compte fait, peut-être que oui.
Y en a-t-il d’autres parmi vous qui ont vécu ce phénomène de dédoublement en rêve ? Je serai heureuse de lire vos témoignages !
Merci de m’avoir lue !
Faites de beaux rêves et notez les !
Léa Le Gall
Si cet article vous a plu, je vous invite à regarder mes vidéos sur Youtube à propos du rêve et de la psychologie analytique de Carl Gustav Jung
Voir la chaîne YT de Léa Le Gall
Publié le
Laisser un commentaire :