Des rêves différents selon les phases du sommeil

Vous être un rêveur régulier, occasionnel, un rêveur lucide ? Vous vous demandez si ce rêve dont vous vous souvenez bien vaut la peine d’être analysé. Pour le savoir, la première question à se poser serait : à quel moment du sommeil ai-je eu ce rêve ? En effet, dans cet article vous allez découvrir que les trois phases du sommeil produisent des rêves différents.

rêves différents selon phases du sommeil
Ok I, I follow… Oui mais quel rêve?

De quel type de rêve s’agit-il ?

Avant tout, quel genre de rêve était ce ? Nous allons pour répondre à cette question, nous intéresser au travail du neurobiologiste français Michel Jouvet, pionnier de l’hypnologie.

Michel Jouvet a découvert le sommeil paradoxal à la fin des années 50. C’est une découverte phare dans la compréhension des phases du sommeil et des différents types de rêves. En effet, avant cela, on croyait que tous les rêves survenaient tous lors du sommeil léger, et qu’il correspondaient à un stade de transition entre le sommeil et l’éveil. Michel Jouvet a prouvé qu’au contraire, le rêve onirique survient lors d’un moment du sommeil très particulier : le sommeil paradoxal. Le sommeil paradoxal ne correspond ni au sommeil léger ni au sommeil lent profond.

Il s’agit donc de la découverte d’une troisième phase du sommeil. « Paradoxal » car il est caractérisé par une perte totale de tonus et en même temps d’une activité cérébrale supérieure à celle de l’éveil. Le corps est paralysé / le cerveau en action.

Il a passé sa vie à étudier le sommeil et il a relaté ses expériences dans ses livres. Sa découverte a donné l’impulsion aux nombreux travaux des neurosciences autour du sommeil et des rêves qui se sont multipliés des années 60 à 90. Un article à suivre sera consacré plus spécialement à ses travaux dans ce blog.

Voyons donc les différents types de rêves selon les phases du sommeil:

1) Les bribes de rêve

C’est un phénomène très fréquent. On se réveille avec une image, une phrase, une scène furtive… Parfois l’image va être accompagnée d’une parole. Ou bien on n’a le souvenir que de quelques mots, sans image…

On a des « morceaux » de rêves, indépendants. On est incapable de se souvenir d’un scénario articulé ni d’un quelconque récit.

Ces images, ces phrases entendues, comme « volées » ressemblent plus à des pensées qu’à des imaginations. On peut facilement se dire : « Je suis d’accord avec cela. C’est ce que je pensais ! » C’est normal. Parce qu’il s’agit moins de produits oniriques que de pensées. De « pensées méditantes » pour reprendre l’expression de Martin Heidegger.

Les travaux de Louis Jouvet ont démontré que ces souvenirs furtifs ne proviennent pas du sommeil paradoxal, mais plus probablement d’une phase de sommeil lent précédent l’éveil. D’où leur ressemblance avec des « pensées » conscientes.

Pour vous donner un exemple très récent. Il y a quinze jours, je suis malade et je passe la journée au lit. Je me réveille avec un rêve assez chargé et en même temps très volatile. Je ferme les yeux une heure plus tard pour me concentrer sur ces bribes. Alors je comprends: le rêve me disait que j’étais sur le point de me faire arnaquée. J’ai compris qu’il ne fallait pas que je m’engage avec untel prestataire et lui ai annoncé que finalement j’avais changé d’avis. Chose étrange, quand j’ai essayé de raconter ça à mon conjoint le soir même, impossible de me remémorer le rêve pourtant lancinant le matin même, il s’était évanoui !

En résumé :

Les « pensées méditantes » apportent un soutien précieux en prolongeant une réflexion que l’on se fait dans notre vie courante. A titre d’exemple : j’avais du mal début septembre à m’organiser, à prioriser. Un contact facebook qui se reconnaîtra – il est l’admin d’un groupe facebook à vocation culturelle – me dit dans une bribe de rêve : « Il faut que tu lises. » Donc je me suis organisée afin d’avoir de vrais créneaux de lecture.

A la différence, les rêves du surgis pendant des phases de sommeil paradoxal seront plus cryptés. On aura du mal à s’y identifier spontanément, parce que l’inconscient, par définition, contient ce qui nous échappe. Le sommeil paradoxal est le sommeil du rêve onirique par excellence, le moment où l’inconscient s’exprime.

2) Les images hypnagogiques

Les images hypnagogiques correspondent à ce qui tournoie lorsqu’on s’endort ou somnole. Ceux qui ont des difficultés à s’endormir seront d’accord pour dire qu’ils assistent parfois à une réelle fantasmagorie, dans un état de demi-sommeil. J’ai bien dit qu’ils « assistent », autrement dit leur conscience est encore là pour témoigner. Or l’entrée effective dans le sommeil est toujours caractérisée par une perte de conscience. (Quitte à reprendre conscience plus tard, lors d’un rêve, si on est coutumier des rêves lucides.)

Les images hypnagogiques ont donc un pied dans le pays de l’imaginaire – l’inconscient – et un pied dans le monde réel de la conscience. Elles peuvent être très utile si on sait les mettre à contribution.

Par exemple, il est 14 heures, vous avez du mal à rester concentré. A ce moment là vous travaillez sur une problème et vous n’avez pas encore trouvé la solution qui vous convient. Le divan vous appelle. Vous vous allongez avec, à l’esprit, la question épineuse à laquelle vous vous affairez. La détente s’installe…

Au bout de 15 minutes vous vous êtes redressé. « Eurêka ! » Les formes dansantes sur l’écran de vos paupières ensommeillées se sont assemblées et vous ont montré la solution. Soit avec une image claire (pour un artiste qui bloque sur son tableau). Soit avec une image symbolique dont l’analogie avec votre problématique saute aux yeux (c’est le cas de le dire).

De nombreux entrepreneurs, hommes politiques, chercheurs, créateurs, savent tirer profit des images hypnagogiques. Un militaire m’avait parlé de sa routine : « la sieste à la petite cuillère ». On s’étend sur un siège confortable, une petite cuillère à la main. Lorsque la cuillère tombe, elle fait du bruit et nous sort de notre torpeur : la sieste est finie.

Il s’agit en réalité moins d’une sieste que d’un temps de repos. La chute de la petite cuillère correspond à l’entrée dans le sommeil, or l’idée n’est pas de dormir pour de bon. Mais plutôt de mettre en off son corps fatigué, et de confier à son intuition le soin de nous donner un coup de main.

En résumé :

Les bribes de rêves apparaissant en sommeil lent sont à mettre dans la catégorie « pensées méditantes » puisque rationnelles. Elles semblent découler d’une réflexion.

/ En revanche les images hypnagogiques de type « Eurêka » seraient l’inverse : des déflagrations lumineuses envoyées par l’intuition. Elles donnent un coup de main intéressant pour résoudre des problématiques immédiates et concrètes, du présent.

rêves différents selon phases du sommeil
La micro-sieste : le secret des grands hommes

3) Les vrais rêves ou « rêves oniriques »

Ce sont ces rêves farfelus, différents et caractéristiques de la phases de sommeil paradoxal. Ils sont « fous » et semblent n’obéir à aucune règle. Si on peut considérer que sous un certain aspect, la conscience est conformiste, alors disons que les rêves oniriques sont anarchistes.

Il peut se passer des choses absurdes, interdites, violentes, drôles, incohérente. Le décors peut être réaliste ou tout droit sorti d’un roman de fantasy ou de l’univers de Lewis Caroll… C’est le propre de l’onirisme ! Essayons tout de même de recenser leurs caractéristiques communes.

Les rêves oniriques :

_ Ils s’articulent en scénarios d’au moins deux scènes. Une situation initiale et une péripétie à minima (souvent beaucoup plus).

_ Le rêveur est au centre de l’action. Il est le protagoniste, même s’il peut être différent de celui qu’il est dans la vraie vie (récemment, j’étais… une voiture!).

(Exception à noter : certains rêves prémonitoires se déroulent comme un film auquel le rêveur ne participe pas. Autre trait particulier de ce genre de rêves prémonitoire : ils ne sont pas « farfelus », mais très réalistes et relativement sans mystère. D’autres rêves dont la fonction d’anticipation est forte sont symboliques : il s’agit des rêves de mis en garde.)

_ Le rêveur vit réellement quelque chose. Il observe un environnement, il assiste à des actions, il ressent des émotions. Son rythme cardiaque et ses mouvements oculaires s’intensifient d’ailleurs lorsque l’expérience du rêve augmente en intensité.

_ Parfois le rêveur peut comprendre qu’il rêve. Il peut poursuivre son rêve ou choisir de l’interrompre. Certains rêveurs lucides en ont fait un art. Pour le commun des mortels, c’est plutôt anecdotique mais ça arrive ! (Comme René Descartes, il m’arrive souvent d’interpréter mon rêve pendant que je suis en train de le vivre 😉 )

_ Il peut y avoir une difficulté à faire la part des choses dans les premières heures de la journée. Certaines personnes ont du mal à faire la distinction entre des souvenirs de rêve, et des souvenirs de la vraie vie. Par exemple, ma sœur était persuadée que son amie qui allait se marier avait changé d’avis concernant la tenue des demoiselles d’honneur. Elle aurait demandé à ses copines de finalement s’habiller en vert. C’était en fait le souvenir d’un rêve, le orange était toujours d’actualité…

Cette conscience de rêver prouve bien que le rêve est un état d’éveil intérieur. Cela corrobore la découverte de Michel Jouvet : l’activité cérébrale pendant le sommeil du rêve est plus forte et dépense plus d’énergie que lorsqu’on est réveillé.

_Ce qui est vécu en rêve n’est pas relié directement avec la journée de la veille. Comme si, à chaque rêve, on acceptait de nouvelles règles du jeu, sans se poser de question. Un rêve semble faire une rupture avec la vraie vie. Parce qu’il appartient à l’inconscient, or l’inconscient a une manière différente de « faire récit ».

_ Le sentiment d’absurde peut dominer. (Je me souviens m’être réveillée en riant en 2017, juste avant les présidentielles. J’avais vu Jean-Marie Le Pen, en combinaison d’apiculteur. Il disait qu’il en avait marre d’être Jean-Marie Le Pen et qu’il s’intéressait désormais aux abeilles.)

_ Au réveil on a l’impression d’avoir passé du temps dans un pays imaginaire. Et pour cause ! On passe environ 90 minutes par nuit plongé dans le sommeil paradoxal (en plusieurs séquences d’une vingtaine de minutes). On se dit : « Pfff, n’importe quoi ! » Autrement dit on ne s’identifie pas du tout avec cet univers onirique qu’on a traversé. Parfois on y est indifférent, parfois on est gêné.

Ce pays imaginaire, c’est l’inconscient. L’inconscient parle un langage crypté, imagé, symbolique. Il est le territoire de l’intuition. Il est le lieu de la genèse de l’être. Par définition il contient tout ce qui est non-conscient, donc ce qui n’est pas-réfléchi. Il est « ce qui précède » la conscience.

La réflexion est ce qui permet d’organiser un ressenti. Or le travail intellectuel étant l’apanage de la conscience, ce qui n’est pas encore entré dans son champ est non-intellectualisé et à ce titre, encore purement symbolique.

En résumé :

Ainsi en dernier lieu on pourrait retenir ce critère unique pour déterminer si un rêve dont on se souvient est un « pensée méditante » ou un vrai rêve onirique :

_ Scène unique, courte, se rapportant à la réalité de manière directe = pensée méditante,

vs

_ Récit en apparence sans aucun rapport avec la choucroute = rêve onirique.

→ l’interprétation est le seul moyen de le décrypter, et de trouver le fil d’Ariane qui nous mène à la choucroute. ( Et voilà, c’est toujours vers la fin de l’article et sur les coups de 11 heures que mon style se détériore…)

le sommeil paradoxal est le sommeil du rêve
Le sommeil paradoxal : le sommeil du rêve où l’inconscient a carte blanche

Le corps du rêveur dans ces phases de sommeil dominées par les rêves :

_ Lors du sommeil paradoxal, le corps est totalement mou, sans tonus. Mise à part les yeux qui bougent, paupières fermées, et le sexe qui est en érection.

_ Le rêveur ne peut pas bouger ni les bras, ni les jambes. Il ne se retourne pas dans son lit, ne se gratte pas.

Objection : « Mais si ! Mon mari / ma femme a bougé dans le lit comme il(elle) le faisait dans son rêve ! » (clin d’oeil à ma banquière 😉 )

Réponse : Certes, on le constate tous. Mais lui avez-vous demandé de raconter son rêve ? Je parierais qu’il s’agit d’une bribe de rêve très réaliste. En effet, lors du sommeil lent, on peut bouger son corps. Le somnambule va même partir faire un tour dans la maison. Mais pas lors d’un rêve onirique !

Exemple : Mon père court beaucoup. Un matin, j’étais ado, il riait. Ma mère ne riait pas trop…

Il avait « rêvé » qu’il faisait son footing habituel dans un parc où il y a souvent des chiens. Un chien le poursuivait – il a peur des chiens. N’arrivant pas à le distancer, il lui a donc envoyé des coups de pieds dans la truffe (= dans les jambes de ma mère). On observe que ce rêve n’en est pas un. Il n’a pas surgi lors du sommeil paradoxal. Il est à mettre dans la catégorie « bribes de rêve ». En témoigne la tonalité du rêve :

1) Il donne une réponse pragmatique à une situation fréquente,

2) Il s’accompagne de mouvements du corps. En l’occurrence de coups de pied à ma mère…

Pour aller plus loin, voir la bibliographie de Michel Jouvet.

Nous avons vu que les rêves sont différents selon les phases du sommeil. Après avoir caractérisé les trois types de phénomènes nocturnes pouvant générer des « souvenirs de rêves ». Nous allons maintenant donner des indications quand au traitement à leur réserver.

L’onirologie : l’art d’interpréter les rêves oniriques

Vous l’aurez compris, un vrai rêve est un rêve onirique. C’est précisément sur ce genre de rêve-là qu’il sera intéressant de travailler .

La raison est simple : pour pouvoir analyser un rêve, il faut qu’il y ait quelque chose à analyser !

L’interprétation exige différents niveaux de lectures, comme les couches d’un oignon. Donc nous pouvons exclure de ce travail ces impressions du sommeil qui ne sont pas d’ordre onirique. Autrement dit :

Les rêves qui ne surviennent pas pendant le sommeil paradoxal ne sont pas intéressants à interpréter

C’est à dire les rêves survenus pendant les phases de sommeil lent léger / lent profond / somnolence.

_ Les bribes de rêves

Une bribe de rêve est trop proche de la réalité. Elle va prolonger une réflexion qui engage la conscience, et donc elle va apporter son soutien à la raison.

Exemple : La « pensée méditante » donne conseil à mon père. Il est embêté : il traverse un parc lors de son footing. Mais il a peur des chiens. Solution : s’il y en a un qui te pourchasse, envoie lui un coup de pied dans la truffe ! (= dans les jambes de ma mère)

→ Ici, il n’y a strictement rien à interpréter. Aucun second niveau de lecture.

_ Les images hypnagogiques

Il y a deux ans, je me suis mis un matin à réfléchir à un logo pour ce site web. J’ai pris un crayon et commencé à dessiner deux cercles. Je voyais deux formes géométriques s’imbriquer. Mais je n’étais pas satisfaite des esquisses qui me semblaient s’éloigner de ce que je portais en moi. Je m’allonge, je ferme les yeux. Les deux cercles tournoient, s’assemblent. Et, surprise ! Les voilà qui s’accentuent. Je me redresse ravie : ce n’étais pas des cercles que je cherchais, c’était des triangles !

J’ai repris mon crayon et dessiné ce que j’ai vu. J’étais trop contente car la symbolique du triangle (et du triangle inversé) correspondait parfaitement avec mon travail d’onirologue. Je me suis demandée tout de même si je n’avais pas déjà vu ce logo quelque part (cryptomnésie). J’ai cherché partout, je n’ai rien trouvé de semblable. J’ai donc décidé de déposer le logo à l’INPI.

Je prends cet exemple personnel pour ne pas redonner l’exemple le plus connu. Celui d’August Kekulé, professionnel de la « sieste à la petite cuillère ». Il a découvert la structure des molécules organique et celle du benzène en somnolant. Voir ici pour l’anecdote historique.

→ dans les deux cas, il n’y a pas grand-chose à décoder. Le mouvement de réveil en sursaut qui accompagne l’image hypnagogique clé suffit à mettre en pratique cet éclat d’intuition.

rêves différents selon les phases du sommeil
Le logo du site a été d’abord vu dans des images hypnagogiques

Les rêves à interpréter = les rêves du sommeil paradoxal

Comprendre que les rêves sont différents selon les phases du sommeil nous permet de répondre à une question fréquente. Comment savoir si mon rêve est intéressant à interpréter ? La réponse est simple : un rêve à élucider est un rêve qui ne peut être compris sans avoir recours à un travail d’analyse. Autrement dit c’est un rêve qui contient un réseau de significations original et symbolique. Différents niveaux de lecture, différents « plans ». Une atmosphère de mystère.

Nous avons vu que seuls les rêves oniriques entrent dans cette catégorie. Nous pouvons donc dire que nous sommes d’accord avec les conclusions du neurobiologiste Michel Jouvet : le sommeil paradoxal est bel et bien le sommeil du rêve. C’est au cours de cette phases du sommeil que surviennent des rêves différents, plus étranges, plus « décalés ». Ce décalage est dû à ce que le rêve dans le sommeil paradoxal serait finalement comme un réveil dans son monde intérieur.

L’analyse permet de remonter le souvenir du rêve. En le soumettant à une opération de décryptage, on peut accéder au message de l’inconscient, et donc à une meilleure compréhension de ce qui se passe en soi. On peut rapprocher cela d’un travail de traduction. L’inconscient parle une langue étrangère (primaire). L’interprète favorise sa traduction et donc l’accès aux informations qu’il recèle. L’énigme peut être levée.

Faites de beaux rêves et notez les !

Léa Le Gall


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Catégorie(s) : Interprétation des rêves

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