Les Archétypes selon Carl Gustav Jung

D’abord appelés « images primordiales », les Archétypes selon Carl Gustav Jung sont des acteurs fondamentaux de la psyché humaine. Ils rendent la pensée possible et lui donnent une forme. Nous allons faire le point sur la différence entre archétypes et symboles. Puis nous observerons comment ce concept nous sert à appréhender la complexité de l’inconscient.

Les archétypes
Les archétypes témoignent de la pensée à l’état d’images, comme les hiéroglyphes égyptiens.

Comprendre la différence entre les archétypes et les symboles

Démasquer les archétypes qui se cachent derrière les symboles

Les archétypes sont des formes issus de l’inconscient collectif et qui préfigurent des biais cognitifs, une certaines logique d’associations d’idée, un manière de structurer la pensée, le langage… Autrement dit qui rendent possible une conscience réflexive et un réseau de signifiants permettant la communication : ce qu’on appelle le psychisme. (Sans rentrer dans les détails, posons comme prémisse que le psychisme témoigne d’un niveau de conscience élaborée qui est le propre de la race humaine.)

C’est pourquoi, avant de choisir le mot « archétypes » Jung les a d’abord nommé « images primordiales ». Il s’agit de formes que prend la pensée et qui renseignent sur le psychisme. Les conflits inconscients utilisent les archétypes et s’expriment notamment dans les rêves en utilisant des symboles.

L’interprétation des rêves cherche à reconnaître les archétypes derrière les symboles. Donc le message que vous envoie votre inconscient par leur intermédiaire. C’est ce que vous allez comprendre dans cet article. 😉

Un symbole et un archétype sont deux choses différentes. Comme une tarte et un plat à tarte.

L’erreur courante est de confondre les deux. Attention! Un Archétype n’est pas un symbole. Il est un processus psychologique producteur de symboles.

Exemple:

Imaginez un contenant vide, comme un plat à tarte.

-> Le plat, c’est l’archétype.

Ce plat permet de cuire et d’obtenir une tarte.

-> La tarte, c’est le symbole.

= La tarte est l’endroit où la réaction chimique de la cuisson est rendue possible // L’archétype est l’endroit où le symbole est produit.

Mais un même moule peut contenir des tartes différentes (salées, sucrées…). Ainsi deux symboles différents peuvent provenir du même archétype.

Exemple :

Une tarte à la tomate et une tarte aux prunes sont cuites dans le même plat. Elles n’ont pas la même allure ni le même goût. Elles sont pourtant toutes les deux des tartes! (Ça y est il est 12:01, et je me mets à filer des métaphores qui donnent faim.) Le travail sur le rêve permet justement de remonter jusqu’à l’archétype à partir du symbole.

Plusieurs symboles = un seul archétype

Dans mon expérience, j’observe la chose suivante. Un problème affleure à la conscience mais il n’est pas encore conscient (il est subconscient, sous la conscience). Le rêveur va recevoir des rêves aux scénarios différents mais proches en intensité. Il s’agit en fait du même message qui peine à passer. Il s’y reprend en changeant d’allure, jusqu’à ce que le rêveur l’entende.

Je pense surtout aux rêves violents. Le conflit intérieur tente alors de se faire entendre en variant les situations d’énonciation oniriques. Ces séries de rêves sont très fréquentes. On observe qu’on passe de la guerre d’Irak à la guerre de Troie. Des Croisades en côte de maille à une bagarre de gangs new-yorkaise… Les décors et les costumes varient mais le fond du propos est le même.

Ces séries de rêves montrent bien que les symboles varient mais l’archétype reste le même. Idem avec l’Archétype de l’Ombre. En interprétation des rêves, on rencontre souvent l’archétype de l’Ombre. Il qui s’exprime dans des séries de rêves mettant en scène des agresseurs différents. (Je ferai bientôt un article spécial sur l’Ombre).

Les archétypes
Les archétypes sont des contenants dans lequel la transformation en symbole opère.

L’Archétype est un complexe inconscient

L’archétype ne fait pas partie du Moi

L’archétype ne fait pas partie du Moi. Il est un point d’énergie psychique qui existe autour du Moi. Tel un satellite ! (pour rappel, voir mon article sur l’appareil psychique). Le problème c’est que l’homme moderne s’identifie à son Moi, à son « je ». (« Je pense donc je suis », « cogito ergo sum » de Descartes est la parfois la seule chose que les gens retiennent de leurs cours de philo…).

L’homme moderne n’admet pas facilement qu’il est un être complexe. Composé d’un Moi, mais aussi d’un inconscient personnel. D’un inconscient collectif, d’un subconscient, d’une Persona, d’une Ombre…

Le psychisme ne se réduit pas au Moi

Les schizophrènes expérimentent cette diversité que l’on tient pour caractéristique de la maladie. Or, cette diversité est constitutive aussi – dans une version plus supportable, certes – du psychisme sain. Le psychisme n’est pas un bloc compact. Il est constitué d’éléments hétérogènes qui évoluent chacun dans une relative autonomie. L’erreur est de croire que l’on contrôle presque tout. Il serait plus juste de considérer qu’on contrôle très peu de choses. On peut agir sur ce dont on est conscient. Mais on ne peut pas régir l’apparition de nos émotions et de nos pensées à la source.

Les archétypes surgissent en rêve car le Moi est endormi

Nos pensées ne manquent pas de nous surprendre, de nous horrifier lorsqu’il s’agit d’idées noires. On cherche à les faire fuir, on les rejette, on résiste de tout notre Moi si je puis dire.

Parenthèse:

(Les idées noires justement, sont bien la preuve de l’existence de ces complexes inconscients qui gravitent autour du moi et qui donnent du travail aux psy).

C’est pourquoi les archétypes apparaissent là où notre ego n’exerce pas un contrôle excessif. Soit au détour d’un rêve, d’un dessin, d’une projection sous hypnose.

Les archétypes
Les archétypes se manifestent en rêve pour corriger une attitude trop unilatérale et ramener à l’équilibre.

L’humain : l’histoire d’un conflit intérieur qui recherche l’équilibre

Le Moi et l’inconscient : une communication difficile

L’autonomie des différents processus psychiques (le Moi, l’Ombre, la Persona, les Archétypes) crée des conflits intérieurs. Les sentiments tels que la peur, l’anxiété, la colère, le doute… indiquent qu’un conflit intérieur est en cours. (Surtout s’ils sont durables voire chroniques). Un enchaînement de maladies également (n’oublions pas que l’être est un âme « psycho » et un corps « soma ». Quelqu’un qui contrôle excessivement ses émotions sera malade facilement). L’’analyse des rêve participe à déceler ces conflits intérieurs afin de les solutionner.

L’individuation = la résolution des conflits intérieurs par la synthèse

Selon Jung, la tension des contraires permet d’aboutir au point d’équilibre. Il ne s’agit donc plus de refouler des émotions et des pensées négatives. Le risque serait de passer d’un pôle (sage, prude) à un autre (débridé, extrême) sans apaisement. Il s’agit de les exprimer pour permettre leur résolution. Ainsi l’être est allégé de ses contradictions. D’une dictature du Moi on passe à un Soi plus large (le Soi fera l’objet d’un article également).

Le risque = que la résolution du conflit s’opère de manière « forcée »

Si le conflit demeure irrésolu, l’individu souffre profondément. Le conflit intérieur peut se résoudre par lui-même avec le temps. Ou bien bloquer l’individu dans un état d’immobilisme. Que se passe-t-il ? La synthèse risque de s’opérer de force à l’occasion d’un burn out et / ou d’une crise psychotique. Dans ce cas, l’archétype prend la place du Moi au centre de la personnalité. On parle d’inflation, pouvant mener à une dé(com)pression…

C’est pourquoi les malades en hôpital psychiatrique se prennent souvent pour des réincarnations de saints ou de Napoléon. L’archétype du saint, de l’élu, du héros les possède littéralement. Comme si, pour évacuer la tension psychologie insoutenable, il fallait que ça pète pour de bon… L’Archétype prenant le dessus sur le Moi, exerce sur eux une fascination d’autant plus grande qu’on ne leur explique pas ce qui leur arrive…

De mon point de vue, la psychiatrie est très en retard en France. Je pense qu’on devrait accorder de l’intérêt au délire des malades et non pas le reléguer dans la poubelle à déchets psychotiques (hélas recyclables). Car dans la mythologie de leur délire, on pourrait il me semble déceler les Archétypes à l’origine de l’inflation. Et ainsi remonter au conflit psychique fondamental, à la souffrance existentielle… C’est une piste il me semble.

Il y a maintenant plus de cent ans, Jung regrettait que l’on ne s’intéresse pas vraiment au contenu du délire de ses patients schizophrènes. Il ne serait pas enchanté de voir qu’on n’a pas beaucoup changé.

les archétypes
Parmi les archétypes les plus courants, celui de la grande mère a mille visages.

Jung a ouvert la voie de la recherche sur les archétypes

Un archétype puissant : la Grande Mère

En hôpital psychiatrique, ce sont souvent les mêmes figures qui reviennent. Marie est numéro 1 du top 50. On dit d’ailleurs « il a vu la vierge » pour parler de quelqu’un qui perd pied. Pourquoi certaines se prennent pour la vierge Marie dans les services de psychiatrie ? Pourquoi de nombreux autres la vénèrent autant, pendant une phase psychotique ?

Parce que Marie est un symbole issu de l’archétype de la Grande Mère. Marie est un symbole religieux. Elle a donc une double casquette familiale et sacrée. On trouve dans chaque culture des symboles équivalents à Marie (Isis, Kali, Fatima, Déméter…). La madone est un archétype particulièrement fondamental dans les cultures indo-européennes. En particulier dans tout le bassin méditerranéen. On peut observer sa grande influence dans l’art, la sculpture, les contes. Mais aussi dans l’organisation du cercle familial. (Ne dit-on pas d’une mère protectrice et dévouée qu’elle est « une mère juïve »?) . De plus, il faut garder à l’esprit que les religions pré-antiques étaient matriarcales. Il n’y avait pas un dieu barbu mais une déesse mère associée à la Terre.

Comment reconnaître les archétypes, selon Carl Gustav Jung ?

ll faut beaucoup lire et varier ses lectures pour avancer dans le domaine des archétypes. C’est ce qu’a fait Jung de manière intensive à partir des années 1920. La plupart des livres qu’il écrit à partir de là sont consacrés à la recherche sur les archétypes.

Jung a ouvert la voie et démasqué les grands archétypes fondamentaux qui créent nos symboles. Je conseillerais pour ma part de lire beaucoup et régulièrement. Mais de ne pas chercher à apprendre ce qu’on lit. Il faut avoir confiance en la capacité de notre esprit à synthétiser nos connaissances. Et avoir confiance en la capacité de notre intuition à les restituer en temps voulu.

En résumé :

Les archétypes peuvent s’exprimer sous forme de projections. Nous pouvons avancer dans la résolution de nos conflits intérieurs en entendant leur requête. Grâce à l’onirologie notamment, à l’imagination active aussi. A la méditation, à la psychanalyse, à la psychothérapie… Grâce au dialogue, et à l’écoute. A la capacité de dire et d’entendre. A la contemplation, à la marche. Grâce à l’observation de notre monde intérieur et ses résonances dans le monde extérieur.

N’hésitez pas à partager votre expérience en commentaire, et à me poser vos questions. Je vous répondrai avec plaisir 🙂

Faites de beaux rêves et notes les!

Léa Le Gall


Publié le
Catégorie(s) : Psychologie jungienne

6 Commentaires:

  • Benakli Hamama Chantal dit :

    Bonjour, je vous remercie pour vos articles qui sont très intéressants et compréhensibles.
    J’ai depuis longtemps des affinités avec l’approche de Carl Gustav Jung.
    J’ai effectuée un travail analytique durant deux ans.
    Et j’ai continué avec une psychothérapie.
    Je me passionne pour le monde de l’inconscient.
    J’ai trouvée très pertinent votre regard sur la psychiatrie.
    Et je suis bien d’accord avec vous.
    Malheureusement ce domaine est très mal investi par des approches telles que vous les citez.
    Il s’agit même d’un espace de la toute puissance en matière de soins.
    Ce domaine médical est la cinquième roue du carrosse.
    Et occasionne de gros dégâts par manque de personnels adéquats.
    Il leurs est bien plus facile de donner des médicaments pour ne pas se confronter à la souffrance.
    Je vous souhaite une très belle continuation.
    Et je reste attentive à vos articles.
    Cordialement.

    • lea.lg dit :

      Vous avez raison, la camisole médicamenteuse est hélas le recours le plus « safe » lorsqu’on manque de personnel, mais il me semble que dans de nombreux cas l’écoute active, la parole et la patience seraient plus indiqués… Espérons que les choses évoluent un jour de manière plus humaine… Jung se désolait de l’état de la psychiatrie il y a cent ans lorsqu’il travaillait en hôpital, hélas ça n’a pas bien changé… Il y a un gouffre entre le travail merveilleux des psychologues cliniciens et l’absence d’échange avec les psychiatres en HP. Merci pour votre commentaire 🙂

  • Christine Sarah dit :

    Bonjour Léa, j’ai envie de dire : « encore, encore, encore » de vos éclairages jungiens en simplifiant (sans les dénaturer) les concepts, parfois si difficiles à saisir, de Jung. Comme sa pensée, ils ont beaucoup évolué au cours de sa vie, s’étoffant, s’enrichissant et parfois… se contredisant. C’est le signe d’une pensée en mouvement ! Merci pour les archétypes « moules à tarte », l’analogie est tellement juste. J’enseigne les « bases » de Jung et les rudiments sur les rêves à Bruxelles pour les art thérapeutes, mais je suis parisienne. J’ai eu la chance de faire un petit tour par l’Institut Jung de 1994 à 1996 et je me suis aperçue qu’il y avait beaucoup d’humour dans les cours comme dans les ateliers. Merci de mettre une pointe d’humour – et de sel – dans votre gâteau à la mode jungienne. C’est rafraîchissant ! Etes-vous sur Paris ?

    • lea.lg dit :

      Bonjour Christine, merci beaucoup pour ce commentaire plein de joie! Je suis en Provence près de Marseille. Je suis heureuse de savoir qu’une formatrice jungienne enseignant le travail du rêve valide ma manière d’écrire. En effet, se contredire signifie bien que rien n’est figé et que tout reste à découvrir et c’est enthousiasmant et signe que l’ego n’est pas pris au sérieux 😉 Personnellement j’aime le second degré très féminin de Marie-Louise Von Franz et l’humour de Jung lorsqu’il critique quelque chose tout en finesse… J’ai été prof en lycée donc j’ai appris à expliquer simplement des choses compliquées et avec humour afin d’attirer l’attention des jeunes. J’essaie de continuer ainsi 🙂

  • Badr DJ dit :

    Merci pour vous il m’a aidé de comprendre beaucoup de choses merci je suis très intéressé un commentaire

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