L’individuation : devenir Soi

L’interprétation des rêves permet de mieux comprendre ce qu’on vit afin d’être en mesure de choisir ses actions. Comprendre ses rêves permet d’agir en accord avec qui on est fondamentalement. De faire en sorte que nos choix et notre sensibilité soient en harmonie. S’intéresser à ce qui se passe en soi, c’est donc déjà faire un pas sur le chemin de l’individuation.

Mais il ne suffit pas de s’intéresser à soi de manière ponctuelle voire exceptionnelle, mais souvent ! Que la « mission devenir Soi » fasse l’objet d’une investigation de longue haleine. Il y aura des choses à acquérir mais avant tout des choses à laisser de côté, des choses inutiles auxquelles renoncer (croyances, habitudes, manières de penser, de se comporter, façon de croire, de raisonner…) Notre référentiel sera sans cesse remis en question pour, petit à petit, s’affiner, se préciser, se rapprocher de notre vérité personnelle, de ce qui nous rend unique et puissant.

Dans cet article, je vous propose de partir à la découverte du concept d’« individuation ». Ce concept central de la psychologie jungienne est à la base de toute philosophie. L’individuation est une démarche d’ouverture et d’évolution personnelle, où vivre et être deviennent synonymes d’expérience.

👉Pour aller plus loin, voir mon article « Les étapes de l’individuation ».

individuation
L’individuation c’est : devenir soi-même, telle une sculpture qu’on extrait d’un bloc de marbre. (Ici Martin Luther King.)

« Deviens qui tu es (…quand tu l’auras appris! » – Pindare)

L’individuation désigne un travail d’introspection quotidien et sur le long terme.

L’individuation : devenir soi-même

L’individuation désigne l’entreprise par laquelle un être advient à lui-même. S’épanouit, s’aligne avec sa nature profonde. Car on ne naît pas individu, on le devient. Par toute une série de morts symboliques et de renaissances. En traversant des sentiments d’absurde, de vanité, de révolte et de transcendance.

…telle une sculpture qu’on extrait d’un bloc marbre

Carl Gustav Jung part du postulat suivant. On hérite à la naissance d’un niveau de conscience minimum, noyé dans le pluriel et le commun. La vie nous offre le moyen de nous différencier. Dans le sens d’aller à la rencontre de notre singularité. Par la connaissance de soi et du monde en soi.

Comme si nous étions un bloc de marbre et que par une collaboration étroite avec la vie. En écoutant attentivement les conseils qu’elle nous propose. Avec les images qu’elle fait immerger de l’inconscient. Grâce à l’analyse, à la parole et à l’étude de ses rêves. Grâce à l’imagination et à l’intuition. Grâce aux synchronicités dont elle charge la nature… Donc via un dialogue entre le Moi et l’inconscient, de ce bloc de marbre nous naîtrions telle une sculpture de Rodin ou de Camille Claudel. Plus ou moins grossière ou plus ou moins précise selon le niveau de conscience acquise. Selon notre force à nous dégager de nos conditionnements et de nos préjugés.

L’individuation est le point de départ de toute philosophie

L’individuation désigne donc cet élan, ce processus de découverte intime. Qui fait qu’un individu va partir à la découverte de son individualité, de son unicité. De sa vérité, intime et non échangeable. ( Voir le livre L’homme à la découverte de son âme, de Carl Gustav Jung) Ce terme « individuation » Jung l’a choisi après Schopenhauer et Leibniz. Ainsi il rallie la psychologie a une maxime vieille comme le monde. Devenir soi-même, accoucher de soi :

_ « connais-toi toi-même » du temple d’Apollon à Delphes repris par Socrate,

_ « deviens ce que tu es quand tu l’auras appris » de Pindare,

_ « deviens ce que tu es » de Nietzsche,

En passant par Epicure , Spinoza , Kant , Pascal… Tous les penseurs phares de notre civilisation se rejoignent dans la question de l’individuation. Si bien que l’on peut se demander si l’individuation ne serait pas le moteur de toute philosophie (du moins Occidentale).

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L’individuation c’est devenir soi-même, « accoucher de soi » pour reprendre l’image de la « maïeutique » platonicienne.

Le XXIe siècle sera le siècle de l’individuation

Descartes avec sa preuve de l’existence de Dieu favorise une pensée introspective. De même la philosophie indienne vise à accéder au divin en soi. Enfin Socrate puis Platon, avec leur maïeutique entendaient faire « accoucher les âmes ». J’ai rencontré récemment une coach qui disait pratiquer la maïeutique au sens socratique. Autrement dit son activité de coaching répond à une demande actuelle. Une demande directement liée à un impératif d’individuation.

La multiplication des professions de coaching indique l’intérêt de l’époque pour l’individuation. C’est le signe, comme l’avait prédit Jung, d’un élargissement de la conscience. Le regain d’intérêt pour l’onirologie aussi.

Le cœur du travail psychologique

L’individuation n’est pas recherche de vérités objectives

L’individuation est ce qui doit constituer l’objet de toute entreprise psychologique. C’est à dire : la recherche du sens individuel. Je répète : du sens in-di-vi-du-el. Donc pas généralisable. Autrement dit: ce qui est vrai pour moi ne l’est pas forcément pour toi 😉

L’individuation CE N’EST PAS un prétexte pour rechercher :

  • des vérités irréductibles, des lois universelles, des taxinomies, des « révélations »,
  • les secrets d’une ordonnance du monde selon un prisme scientifique, religieux ou spirituel,
  • une vérité métaphysique rassurante qui passerait un baume sur l’angoisse existentielle…

→ Autrement dit de nouveaux préjugés et de nouvelles croyances !

L’individuation CE N’EST PAS non plus :

  • l’idée d’une « mission de vie », qui postulerait une intentionnalité et une fatalité,
  • atteindre « l’éveil » au sens spirituel et indianisant – au contraire il s’agit de s’enfoncer dans son inconscient, et non pas de chercher à s’en libérer !
  • d’une direction qui fixerait un point de départ, un but et un déterminisme. Et perpétuerait le bras de fer entre finalisme et causalisme…

Rechercher le sens en Soi et pour Soi

S’engager dans un processus d’individuation c’est, au contraire, rechercher le sens en Soi et pour Soi. Dans son monde intérieur et non pas sur le plan de l’objet. Pas en compétition ou en comparaison ni avec autrui ni dans un idéalisme donné. C’est partir à la recherche du sens intime. Des vérités bien relatives que sont les réalités individuelles, vraies pour moi à l’exception de tous les autres. C’est donc remettre en question le château de cartes des idées reçues, apprises ou glanées. Se lancer dans un effort d’attention long et fastidieux. C’est repousser les limites du Moi, le désaxer et permettre l’émergence d’un centre moins égotique. Être attentif à ses rêves permet d’amorcer et d’accompagner cette avancée vers le Soi.

L'individuation exige de tenir compte de son Ombre.
L’individuation exige de tenir compte de son Ombre.

L’individuation exige de tenir compte de son Ombre

L’individuation, c’est une confrontation régulière et peu agréable avec son Ombre. Avec les forces qui habitent notre inconscient et cristallisent nos passions. Il s’agit de regarder ses contradictions, ses peurs, ses intolérances, ses défauts en face. C’est incontournable parce que les vérités personnelles clignotent dans l’opposition des contraires. Parce qu’il faut d’abord regarder ce qui nous dérange pour savoir comment arranger ça.

Un rêve déterre souvent l’un de ces nœuds de contradiction à synthétiser. Le monde extérieur également, nous indique sur quoi travailler. Par exemple un défaut chez quelqu’un qui nous horripile et nous met en colère au lieu de nous laisser indifférent doit être l’occasion d’aller creuser en soi pour voir ce qui dans notre Ombre est touchée.

On observe aussi dans l’Ombre, les nœuds de tension de la société. Les problèmes de société croisent le fer dans l’inconscient collectif. Ils créent des dilemmes à l’échelle personnelle, des pressions que l’on se met inutilement, des complexes qui ne nous appartiennent pas.

L’inconscient familial, à cheval entre inconscient collectif et inconscient personnel, nous gâte lui aussi, de complexes familiaux qui ne nous appartiennent pas et dont on se serait bien passé…

Marcher sur le chemin de l’individuation, c’est être moins obtus, moins radical. C’est éliminer la conviction qui n’a d’égal que le doute. C’est remettre en question son propre paradigme. C’est apprendre à observer les contraires comme des antagonismes. Complémentaires plutôt qu’opposés. Qui ne demandent qu’à être réconciliés. Qui peuvent être solutionnés.

L’histoire d’une réconciliation

Réconcilier ses contradictions

Observer ses contradictions est primordial. C’est le seul moyen de se libérer de blocages inconscients. Il s’agit de sortir l’individu de l’aporie dans lequel le plongent ses contradictions. Non pas pour choisir « la bonne solution » – la bonne solution n’existe pas, elle est personnelle. Plutôt pour identifier « la meilleure des solutions pour soi-même ».

Le travail d’analyse permet d’identifier des zones de blocages tapies dans l’Ombre et de travailler à les résoudre. J’entends par analyse la thérapie qui vous correspond, qu’elle soit analytique au sens jungien ou d’ordre psychanalytique, psychothérapeutique, ou d’un autre ordre. Le bon thérapeute, celui qui va vous aider à vous réconcilier avec vous-même, sera celui qui vous aurez choisi 😉

Trouver le compromis qui équilibre la balance

L’idée est plutôt de trouver une solution synthétique. Un compromis qui neutralise le conflit intérieur en l’annulant : le fameux « juste milieu ». J’insiste sur le mot juste car on n’entend pas assez la musique de ce mot si fort pourtant. Comme nous l’avons vu dans le dernier article sur l’Ombre, en Occident on a tendance à avoir une conception trop unilatérale de l’être, et on ne veut s’intéresser qu’à son côté « bon ». C’est pourquoi on a également une expérience poussée du refoulement…

Les mouvements spirituels d’Asie (boudhisme, hinouïsme, taoïsme, yoga…) sont plus coutumier de cette notion de justesse et d’équilibre. La synthèse permet la fin du conflit, son dénouement et sa résolution, donc l’accès à un niveau de conscience supérieur. Supérieur car libéré, allégé, ayant dépassé une certaine immaturité dont témoignait la tension des contraires.

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L’individuation c’est passer du Moi (le centre du mandala) au Soi (les cercles plus larges, autrement dit le Moi amplifié).

Du Moi égotique au Soi qui admet la totalité de l’être

Ce point d’équilibre à trouver, c’est le Soi. Le Soi est un point géométrique où se soutiennent le Moi et les autres complexes qui forment la personnalité. Comme le point centrale d’une rosace. (Le mandala est d’ailleurs la représentation du Soi selon Jung, j’y reviendrais dans un prochain article.) J’avais déjà apprécié l’idée de cette résolution du conflit lorsque j’avais étudié Hegel et son aufhenbung.

« Le mot caractérise le processus de « dépassement » d’une contradiction dialectique où les éléments opposés sont à la fois affirmés et éliminés et ainsi maintenus, non hypostasiés, dans une synthèse conciliatrice. » Hegel

Puis les philosophes de la French Theory donc Jacques Derrida et sa « déconstruction » empruntée à Heidegger . Je me souviens de l’impression de « Eurêka » qu’avait été pour moi Hegel ! Aussi ça ne m’a pas surpris de retrouver une idée semblable chez Jung.

Ce concept d’individuation emprunte autant à la culture indienne, à l’antiquité grecque qu’à la philosophie allemande. C’est bien la force de ce concept d’individuation : son universalité. Sa beauté vient de sa sagesse et de la promesse d’espoir qu’il porte. Le dépassement d’une contradiction dialectique en vue d’un élargissement de la conscience.

👉Pour aller plus loin, voir mon article « Les étapes de l’individuation ».

N’hésitez pas à partager votre expérience en commentaire, et à me poser vos questions. Je vous répondrai avec plaisir 🙂

Faites de beaux rêves et notez-les !

Léa Le Gall


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Catégorie(s) : Psychologie jungienne

4 Commentaires:

  • LAUX dit :

    Bonjour,
    très intéressant, je vous ai laissé un petit commentaire sur FB.
    En plus, vous faites référence à Heidegger, avant d’avoir mis un nom sur ces phénomènes de synchronicité, j’appelais ça la résonance quantique, ça explique beaucoup de choses ici en mer et aussi à terre. Bien évidemment mes recherches m’ont conduit à Heidegger, Jung et vous.
    Au plaisir de vous lire.
    Bien à vous
    Pierre-Yves

    • lea.lg dit :

      Je ne comprend rien à tout ce qui est cantique mais je sais que je finirais bien par m’y pencher sérieusement. Super contente que ce genre de cheminement mène à mes articles 🙂 Belle journée à vous

  • Messina dit :

    Bonjour,

    J’ai lu avec attention votre texte, où devrais-je dire,la texture !? très, intéressante..Jung C.G et ses dictées..et biend’autres avant lui et de nos jours. sont pour moi une complétude , une avancée d’un (tout) où presque . Bravo

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